LE RÔLE DE L’ONU ET DES CASQUES BLEUS EN BOSNIE-HERZEGOVINE DE 1992 A 1995 (ACCORDS DE DAYTON)

Mis à jour : juin 3

La guerre en Bosnie-Herzégovine, et en Yougoslavie en générale, à été une véritable tragédie qui a choqué et attristé le monde entier. Après la chute de l’URSS en 1991, de nombreux pays souhaitaient l’indépendance. La Yougoslavie voit d’abord la Croatie et la Slovénie (avec une courte guerre de douze jours) prendre leur indépendance. La Bosnie-Herzégovine sera sans doute le pays qui aura le plus souffert. En effet, ce pays possède des caractéristiques très particulières puisqu’elle est multiethnique, plus que les autres républiques de la RFY (République Fédérale de Yougoslavie). En 1971, le chef d’état de la République Fédérative Socialiste de Yougoslavie, Josip Broz Tito créa une « nationalité musulmane » qui est un véritable groupe ethnique. De plus, la composition ethnique du pays est très diverse, 39% de Musulmans, 32% de Serbes, 18% de Croates et 10% d’autres ethnies. La Bosnie est un symbole de diversité culturelle et ethnique en Europe et dans le monde entier. Depuis des décennies, ce brassage ethnique et culturelle fonctionne et est basée sur de la fraternité et la tolérance. Les différentes ethnies composant le pays vivent de façon homogène, et à titre d’exemple, il n’y a pas de quartiers spécifiques à une ethnie. Ce n’est pas sans raison que sa capitale, Sarajevo est surnommée « la Jérusalem des Balkans ». La vie en communauté est telle que, au niveau politique les trois communautés étaient représentées. Cette entente disparait très rapidement lorsque la Bosnie, à son tour, souhaite son indépendance après celle de la Slovénie, la Croatie et la Macédoine. Le projet est proposé le 20 octobre 1991 par les représentants musulmans et croates à l’Assemblée nationale de la République de Bosnie, et le gouvernement demande l’indépendance du pays. Les représentants demandent d’établir des territoires autonomes dans les régions où les minorités ethniques y sont majoritaires. C’est ce que l’on appelle une cantonalisation : chaque nationalité (croate, bosniaque et serbe) se verrait attribué une aire géographique du pays. Les parlementaires serbes de Bosnie ne souhaitaient pas voir le pays devenir indépendant car, malgré leur importance géographique et démographique, la crainte de devenir minoritaire restait de taille. Du côté de la Serbie, le raisonnement est le même. Le 9 janvier 1992, les Serbes de Bosnie décident de faire sécession. Certains demandent à être rattaché à la Serbie tandis que d’autres créent la « République Serbe » au sein de la Bosnie-Herzégovine. Le 29 février 1992 et le 1er Mars 1992 a eu lieu le référendum sur l’indépendance de la Bosnie- Herzégovine. Le résultat et les opinions sont radicalement opposées entre les Croates et Musulmans et les Serbes. Les Croates et les Musulmans votent pour l’indépendance de la Bosnie tandis que les serbes boycottent les élections. Le « oui » l’emporte de loin, 99,4% des voix sont en faveurs de l’indépendance. De ce fait, le président Alija Izetbegovic déclare l’indépendance de la Bosnie-Herzégovine le 3 mars 1992, mais le sort de la Bosnie est loin d’être réglé et les tensions commencent à se multiplier.

L’ONU ne commence pas à s’impliquer de façon concrète dans le conflit dès le début, puisqu’en parallèle, de nombreux conflits internationaux se déroulaient ailleurs. En effet, les années 90 sont marquées notamment par la Guerre du Golfe qui a impliquée de nombreux pays comme les États-Unis considérés comme les « gendarmes du monde » des temps modernes. D’autres conflits se déroulent à travers le monde comme le génocide au Rwanda ou d’autres instabilités comme la Chute de l’URSS et le chute du mur de Berlin. Cette myriade de conflits et de tensions place la Bosnie-Herzégovine dans l’ombre totale avant l’implication de l’ONU et de ses Casques Bleus. En effet, l’ONU était très réticente à l’idée de s’impliquer puisque cette dernière ne peut pas, selon ses lois, intervenir dans des conflits interne d’un état souverain. Selon la communauté internationale, la guerre en Bosnie-Herzégovine est civile. Pour que l’ONU intervienne il faut qu’un état possède des frontières claires, avoir une population qui s’identifie à l’histoire, avoir une autorité politique reconnue comme légitime et avoir une reconnaissance internationale. Or, la Bosnie-Herzégovine ne possédait pas des frontières clairement définies du fait de la mésentente sur ce sujet avec les serbes. De plus, l’indépendance de la Bosnie n’était pas reconnue par les serbes. Le conflit était bel est bien civil. L’idéologie des Nations Unies est essentiellement basée sur le maintien de la paix et non une approche militaire interventionniste, alors les cessez-le-feu était d’abord privilégiés par les Nations Unies.

L’Europe, elle, tente dès le début de réfléchir à une éventuelle intervention dans les Balkans. La France et l’Allemagne avec leur représentants respectifs (le Président François Mitterrand et le Chancelier Helmut Kohl) décident d’intervenir sur le plan militaire et diplomatique du fait de leur affinités avec ces pays. La France est très liée historiquement à la Serbie tandis que l’Allemagne est proche de la Croatie et de la Slovénie. Leur envie d’intervenir est telle que, le 7 septembre 1991, les deux représentants proposent à l’ONU d’intervenir en Croatie, mais ils se voient réfuter cette demande. Cependant, au vu des atrocités commises, l’ONU ne peut se permettre de rester dans le cadre diplomatique et décide d’intervenir de façon graduelle. Le 25 septembre 1991, le Conseil de Sécurité vote la Résolution 713 visant à mettre en place un embargo sur les armes en direction de la Yougoslavie.

La Résolution 713 décide, en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, que tous les Etats mettront immédiatement en œuvre, aux fins de l'établissement de la paix et de la stabilité en Yougoslavie, un embargo général et complet sur toutes les livraisons d'armements et d'équipements militaires à la Yougoslavie, et ce jusqu'à ce que le Conseil en décide autrement, après que le Secrétaire général aura eu des consultations avec le Gouvernement yougoslave. Cette résolution touche cependant très peu la Serbie puisque cette dernière produit ses armes et les exportent. En revanche, Bosnie est fortement affaiblie cette décision. Cette résolution met aussi en place, le 22 septembre 1991 un cessez-le feu.

L’avancée des interventions de l’ONU est en grande partie dû à un homme, Cyrus Vance, homme d’état américain chargée de mettre ne place un cessez le feu en Bosnie-Herzégovine. Cet homme réussit à faire signer un accord le 23 novembre 1991 à Genève. Le 27 novembre de la même année, le Conseil de Sécurité approuve la Résolution 721 proposé par Vance. Pour la première fois la mise en place d’une éventuelle opération de maintien de la paix par l’ONU en Yougoslavie est évoquée. Quelques mois plus tard, le 8 janvier 1992, la Résolution 727 est signée et, en accord avec la Résolution 721, un groupe d’officiers de liaisons sont envoyés en Yougoslavie afin de mettre en place un cessez- le- feu. C’est le début d’une action directe et physique en Yougoslavie dans le but de maintenir la paix sans pour autant utiliser la violence qui n’est, naturellement pas dans les mœurs des Nations Unies. D’autres Résolutions ont vu le jour mais, l’une des plus importante qui a été un véritable tournant dans l’histoire de ce conflit est la Résolution 743 puisqu’elle reconnait la crise qui se déroule en Yougoslavie et décide de déployer des forces sur le terrain (dans un premier temps en Croatie). Cette mission militaire est appelée la FORPRONU ou UNPROFOR (Force de protection des Nations Unies). Cette résolution est signée à l’unanimité le 21 février 1992. La FORPRONU est déployée en Bosnie-Herzégovine à partir de juin 1992. 17 pays votent favorablement à la Résolution 743 et décident d’envoyer des militaires au sein de la FORPRONU. Au total, environ 14 000 Casques Bleus sont déployés pour un mandat d’un an, renouvelable. La FORPRONU est divisée en 12 bataillons d’infanteries (10 400 hommes), 2 840 personnels en Etat-major, services logistiques et éléments d’appui, 100 observateurs militaires et 530 policiers internationaux civils et militaires.

L’aide de l’ONU est basée sur trois axes : l’aide diplomatique (notamment avec Cyrus Vance), la présence d’agences humanitaire (le Haut-Commissariat pour les réfugiés qui opère sous la coordination de la FORPRONU, le Programme alimentaire mondial, la Croix Rouge etc.) et le déploiement de différentes opération militaires. L’une des opérations les plus emblématique de l’ONU lors de ce conflit est la création d’un pont aérien à Sarajevo lors du siège. Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) fit une demande auprès de l’ONU afin d’envoyer des fournitures à Sarajevo au travers d’un pont aérien qui a vu le jour le 2 juillet 1992 et s’est terminé le 9 janvier 1996. C’est le pont aérien le plus long de l’Histoire, après celui de Berlin. La FORPRONU été responsable de protéger l’aéroport (Résolution 758) afin de mener à bien les distributions d’aides humanitaires.

Le HCR été chargé d’envoyer des vivres, des vêtements et tout produits nécessaires au civiles. Cette aide été d’abord effectuée par voie terrestre mais au vu de l’intensification des combats et de la difficulté de faire la distribution à cause de l’empêchement des Serbes de Bosnie, un pont aérien a été créé avec la participation de 21 nations. Chaque avion ne pouvait rester au sol que trente minutes afin d’éviter tout bombardement de la part des Serbes puisqu’ils contrôlaient l’aéroport dès 1992. Pendant plus de trois ans, le pont aérien a permis la livraison de 165 677 tonnes de fournitures à Sarajevo dont 144 000 tonnes de nourriture.

Malgré de nombreuses aides de l’ONU, le rôle des Casques Bleus servant pour l’ONU est cependant peut concluant. La mission de la FORPRONU relevait du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, cela leur donnait donc le droit « d’entreprendre, au moyen de forces aériennes, navales ou terrestres, toute actions qu’ils jugent nécessaire au maintien ou au rétablissement de la paix et de la sécurité internationales ». Cependant, les actions de la FORPONU ne sont pas spécialement à la hauteur des besoins de la population afin de maintenir la paix et la sécurité civile. Les forces onusiennes étaient réticentes à l’idée d’utiliser la force contre les unités de l’armée de la république serbes de Bosnie (VRS) même si elles ne respectaient pas dans la totalité les accords de paix.

Le rôle de la FORPRONU et donc des Casques Bleus est en majorité de maintenir ou rétablir la paix sans violence, mais, en cas de besoins, les réponses militaires peuvent être utilisées. Par exemple, la FORPRONU est chargée de contrôler le respect de l’interdiction des vols militaire dans l’espace aérien bosniaque afin que le pont aérien soit effectuer dans de bonnes conditions. De plus, des « zones de sécurités » ont été créées : ce sont six villes de Bosnie dont Sarajevo, les autres villes sont : Srebrenica, Tuzla, Žepa, Goražde et Bihać. Le 12 décembre 1992, la FORPRONU est aussi envoyée à la frontière de la République Fédérale de Yougoslavie (RFY) et la Macédoine.

L’action des Casques est qualifiée « d’échec » notamment du fait de l’épisode de Srebrenica qualifiée de « génocide » et de « purification ethnique » par la Communauté Internationale. En effet, Srebrenica était une « zone de sécurité » protégée par les Casques Bleus déployés au sein de la FORPRONU dirigé par le Général français Morillon. La ville était cependant encerclée par les forces Serbes mené par Ratko Mladic. Cette zone est particulièrement sensible puisque c’est une enclave musulmane située en République Serbe (voir carte). 400 Casques Bleus Hollandais ont été déployés dans cette zone mais cela n’a pas empêché les forces de la République Serbe de Bosnie avec l’aide de la Serbie, de donner l’assaut le 6 juillet 1995. Les Casques Bleus ont en effet quitté leur poste une fois l’attaque des serbes engagée. Les civiles bosniaques, prit au dépourvu, n’ont eu d’autres solutions que de se défendre avec « les moyens du bords ». Le bilan y est terrible, 8 372 morts, en majorité des hommes et des garçon bosniaques. Les forces serbes de Bosnie ont déporté 25 000 femmes, enfants, personnes âgées, avant d’exécuter plus de 6000 hommes musulmans. Le Secrétaire Général de l’ONU actuel, António Guterres a reconnu que « « Il y a un quart de siècle, l'Organisation des Nations Unies et la communauté internationale ont laissé tomber la population de Srebrenica », « Comme l’a dit l’ancien Secrétaire général Kofi Annan, cet échec ‘hantera notre histoire pour toujours’ ».


De nombreuses décisions prises en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies ont été violées. C’est le cas de l’embargo sur toutes les livraisons d’armements et d’équipements militaires (Résolution 713 et 724), l’application des accords de cessez-le-feu (des 17 et 22 septembre 1991 – Résolution 713 ; du 23 novembre 1991 – Résolution 721 ; 2 janvier 1992 – Résolution 727 ; 12 avril 1992 ; 22 mai 1992) et bien d’autres décisions.

En 1993, Alors que la guerre fait rage en Bosnie-Herzégovine, à la suite de la résolution 827 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, le Tribunal Pénal pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) est créé. C’est un tribunal indépendant placé sous la responsabilité du Conseil de Sécurité. Le but de ce tribunal est de créer une juridiction neutre et impartiale. Ce Tribunal a été crée très rapidement et sans grande réflexion. En effet, le rapport du comité d’experts des Nations Unies venait tout juste de confirmer aux yeux du monde entier l’ampleur des crimes commis par les différentes parties engagées dans ce conflit et notamment par les Serbes. À la suite de cette nouvelle terrible le tribunal voit le jour.

C’est aussi la première juridiction internationale qui a jugé un homme d’état encore en fonction : Slobodan Milosevic, qui n’a cependant pas pu être jugé coupable puisqu’il meurt à la Haye en 2006 avant la fin du procès. Il meurt donc innocent. Le tribunal a mis en accusation 161 personnes, a clos 103 procédures et 10 inculpés sont décédés avant leur procès. Après des années de guerre, et d’échecs, l’accord de Dayton signé à Dayton aux États-Unis par les trois parties Alija Izetbegovič, Slobodan Milošević et Franjo Tuđman, mit fin à la guerre en Bosnie-Herzégovine. Cependant, cet accord ne permettra jamais au peuple bosniaque d’oublier l’atrocité de ces années et la fraternité entre les ethnies qui était l’emblème de la Bosnie-Herzégovine sera surement enterrée pour très longtemps. Références bibliographiques Documents


DOLLEY Hugues, BATINF 2 Bataillon d’Infanterie n°2 à Sarajevo - Période ONU (Juillet 1992 – Février 1996), Volume 1, Hugues DOLLEY 50-3665.


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Articles


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Sites


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